Monday, June 1, 2015

L'instinct tordu



Comme une nouvelle maman j ai acheté les «musts» pour bébé et j’ai envahis la place de bébelles inutiles. J’ai regardé mon mini ignorer ses jou-jous sophistiqués et fixer avec fascination mes cheveux, mes boucles d’oreille, mon visage. Comme une nouvelle maman, j’ai périodiquement des vagues d’angoisses que je tente de calmer en furetant sur internet, ce qui ne fait qu’empirer la situation (obviously). 
Prévisible nouvelle maman, tu te félicites de ses acquis et te culpabilise de ses retards. Tu deviens de jour en jour la caricature tant crainte de la maman gouloubile qui cherche le Manitou qui t’indiquera la voie. Mais le Manitou des mamans il ne se tient ni dans les forums, ni au Toy’R Us, ni même dans le cabinet d’un pédiatre trop pressé. Le manitou, on me dit c’est ton instinct, celui qui se fait sentir dans tes trippes et qui s’obstine. Mais moi je ne l’aime pas lui, je n’aime pas ce qu’il a à me dire et je questionne même sa crédibilité. Je prends le pari qu’il se trompe, comme il s’est maintes fois trompé auparavant.  J’ai l’instinct tordu de toutes façons.  

Saturday, May 30, 2015

La mère juste correcte

C’est Winnicott un psychologue pour enfant du dernier siècle qui a écrit un jour que tout ce dont un enfant a besoin pour bien se développer c’est une «good enough mother». C’est exactement ce que nous comme mamans en 2015 oublions souvent de nous répéter lorsque confrontées aux exigences des médecins/familles/société.

Une mère juste correcte, que je nommerai la MJC , c’est celle qui fait de son mieux en allant chercher des informations toutes plus contradictoires les unes que les autres et qui finalement arrive à la conclusion que c’est le fameux instinct qu’il faut écouter.  La MJC veut le mieux pour son enfant, mais se trompe souvent, mais apprend de temps en temps de ses erreurs.  On peut la trouver devant son écran à fouiner dans les forums et à texter à ses amies mamans en panique après un rdv peu rassurant chez le doc. La MJC, ne veut surtout pas se comparer aux autres, mais fini toujours par le faire quand même et à se culpabiliser pour. Elle se dit que son petit n’a pas besoin de toutes sortes de bébelles pour grandir, mais sa maison ressemble de plus en plus à une garderie.  La MJC, s’en met bien trop sur les épaules et comme sa tête est toujours trop pleine et ses nuits trop blanches elle passe son temps à oublier ses clés, son porte-feuille, téléphone,  rdv…

Avant d’avoir ma progéniture dans les bras, je me disais que j en avais déjà bien en masse de m’occuper de mon petit moi et j’avais de la difficulté à imaginer comment j’arriverais à m’occuper de quelqu’un d’autre. Maintenant qu’il est bel et bien là, oui des jours je trouve difficile que quelqu’un dépende de moi pour survivre. Mais ce ne sont ni les couches, ni les réveils ou les pleurs qui me pèsent ces jours-là, c’est l’incertitude et l’angoisse qui me pèsent. N’est-il pas censé babiller ? Pourquoi est-il si petit ? Pourquoi ne rampe-t-il pas ? Ces jours-là, les hypothèses diagnostiques que je connais que trop bien se faufilent insidieusement dans ma tête et dans le creux de mon ventre. Est-ce que je fais tout ce qu’il faut et comme il faut ? C’est dans ces moments-la que je pense à la mère juste correcte, imparfaite mais aimante. Lâche pas la grande, tout ce que tu peux faire c’est de faire de ton mieux et de lâcher prise sur le reste, c’est doc Winnicott qui l’a dit.


Wednesday, December 25, 2013

Donner c'est recevoir


Dans le cadre du mois de la paix les élèves ont réalisé de magnifiques dessins illustrant les gestes de respect au quotidien. Parmi les joyaux affichés dans l'école, un dessin en particulier m'a réellement touchée et est resté avec moi. 


C'est un message tellement simple et clair qu'il ne m'a pas quitté depuis et qu'il continue a résonner en ce mois de Noël. Mois qui n'avait jusqu'alors plus aucune signification autre que deux belles semaines de congé et trop, beaucoup trop de bouffe. Cette année grâce a ce dessin, Noël aura eu raison de mon cynisme de jeune adulte sans enfant. Cette année je me surprend à souhaiter Joyeux Noël à la caissière et au voisin, à fredonner des «Vive le Vent» et a écouter «Maman j ai raté l'avion» pour une Xième fois en me rappelant a quel point j'aimais Noël en 1990. 

Mais si je marche avec un sourire béat entre deux bordées de 30 cm, je remarque à quel point autour de moi Noël n'a pas le même impact. Pas plus tard qu'hier dans un parking je me fais faire le doigt d'honneur par une femme dans une van remplie de marmots ! Hein ? Qui fait ça à l'avant veille de Noël, que je me dis outrée. 
À la caisse populaire je souhaite un chaleureux joyeux Noël au banquier qui m'ignore et dit «suivant» ! Quel manque de courtoisie !

C'est sûr: je ne reçois pas de famille chez-moi, je n'ai pas de liste de cadeaux interminable à trouver et à acheter et par conséquent je n'ai pas a me soucier si j'aurais assez d'argent et de temps pour y arriver. Je n'ai donc surtout pas à juger du comportement stressé des autres, même à Noël. 

Si ce dessin m'a aidé a me mettre dans le vrai esprit des fêtes ça va m'en prendre un autre pour me rappeler que tous n'ont pas la même chance que moi et que donner ce n'est pas nécessairement recevoir instantanément ni même à tout coup
Donner sincèrement c'est dire Joyeux Noël sans attendre de réponse, c'est donner ma place de stationnement à cette maman pressée et c'est surtout ouvrir son coeur pour tout le reste de l'année. 


Sunday, December 8, 2013

Parlons de respect par temps maussade

Ouf pas fâchée de tourner le dos à novembre et de me plonger dans l’esprit de Noël pour un ptit break. Non mais quel mois ! Les plans d’intervention, les bulletins, les enseignants épuisés et préssés comme des citrons, les régressions en série chez tous, je dis bien tous nos élèves en difficulté ! Et je n’ai pas mentionné le temps gris et le petit côté maussade propre à tout bon mois de novembre.

Mais novembre à des Nations, c’était aussi «le mois de la paix», mois durant lequel nous avons mis en branle le projet d’encouragement aux comportements de respect. Journée en blanc, encouragement par le biais de coupons, affiches illustrant les gestes de respect, activité récompense et plusieurs rencontres du comité plus tard, nous voilà épuisés, mais satisfaits. Satisfaits d’avoir pour une rare fois parlé davantage de paix et de respect à nos élèves que de violence et d’intimidation.

N’y a t’il pas une loi cosmique qui dit que ce qu’on appelle par le biais de nos pensées et de nos comportements risque de se produire en réalité ? Qui n’a pas remarqué que depuis qu’on parle d’intimidation, les cas affluent drôlement ? Et comprenez-moi bien, c’est essentiel  de dénoncer et de faire une démarche sérieuse pour enseigner à nos élèves que c’est inacceptable, mais ne pouvons-nous pas parler un peu plus des solutions et juste un ptit peu moins du problème ?


C’est bien connu, les enfants sont des éponges, si on tape trop sur le clou de l’intimidation et de la violence, ils peuvent sentir qu’au fond il faut se méfier des autres. Si par contre, on leur rappelle au quotidien à quel point ils sont tous capables de respect, d’honnêteté et d’empathie je met un 10 là-dessus qu’ils finiront par le croire et par agir en conséquence. Si le mois de la paix a été essoufflant, il aura au moins permis à toute l’école de parler de respect et  d’empathie, ce qui se prend très bien par temps maussade !

Saturday, November 30, 2013

Bonjour!
Cette année j'ai eu envie de partager mon expérience en tant que psychoéducatrice en milieu scolaire. Du haut de mes cinq années d'expérience, j'ai eu envie de faire le point. Est-ce que j'aime toujours ça ? Oui. Est-ce que je doute parfois de mes interventions ? Tellement. Est-ce que ça m'arrive de vouloir tout balancer ? Jamais ! Ok oui des fois. Des fois je me demande si je suis d'une grande aide et si je peux réellement apporter à ma société.
Mais pourquoi la psychoéducation?
Pour moi tout a commencé quelque part entre la fin du secondaire et les premières années du Cégep.
Mal dans ma peau mais déterminée j'étais de toutes les manifestations: frais étudiants, droits des animaux, mondialisation, name it ! Le but c'était de changer le monde aussi cliché que ça puisse paraître. Je me suis vite (heureusement) rendue à l'évidence que je devais trouver un moyen un peu plus constructif pour participer au changement.

Et puis un jour, j'ai allumé. Je me rappelle encore où j'étais le jour où j ai compris que pour changer le monde il fallait en tant que société, miser sur le bien-être des enfants. Pour moi c'était une illumination, je venais de trouver un sens à ma vie.

Les années ont passée et voilà que je me retrouve dans un bureau à résoudre des conflits de cour d'école, ou à courir après des parents désintéressés. Est-ce vraiment ça que je visualisais? Est-ce que je suis réellement en train de faire une différence ici ou est-ce que je pourrais faire mieux et plus? Dans mes idées de grandeur je me voyais participer à des projets grandioses pour aider les enfants et surtout à toucher à un plus grand nombre. J'aime travailler avec les petits au quotidien et chercher le meilleur moyen pour les motiver et les aider à panser leurs blessures émotionnelles, mais il manquait quelque chose à ma pratique.
Cette année, les planètes se sont alignées et comme si l'univers avait entendu mon appel, voilà qu'à l'école des Nations je suis au coeur de l'organisation d'un projet touchant l'école toute entière pour faire la promotion des gestes de respect! Il s'agit d'un projet qui me donne tellement d'énergie et qui surtout me confirme que je suis vraiment là où je devrais être.

En prenant le temps de m'arrêter pour me rappeler les raisons qui m'ont poussée à devenir psychoéducatrice, j'ai regardé en arrière et j'ai entrevue la militante. Celle-là même qui refuse le statut quo et qui croit qu'elle peut réellement faire une différence. C'est grâce à cette énergie mobilisatrice que je retrouve tous les jours le goût de faire mieux et plus. Le goût de tenter des nouvelles approches avec les petits ou de mobiliser l'école entière au risque d'échouer. Mais pour la militante, le vrai échec n'est pas là, le vrai échec c'est d'oublier que de résoudre un conflit de cour d'école, c'est aussi ça contribuer à une meilleure société, un enfant à la fois.